Archevêque Serge (Konovalov)

Evêque diocésain de 1993 à 2003.

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Monseigneur Serge

Le mercredi 22 janvier 2003 nous recevions la triste nouvelle du décès inopiné le même matin de l’archevêque Serge. Bien que nous sachions déjà depuis novembre dernier que son état de santé était inquiétant, l’annonce de son décès fut quand même un choc pour tout le monde. Vladyka est décédé d’un infarctus cardiaque, seul, en moine, dans sa cellule.

Vladyka avait 61 ans et, depuis 1993, il était à la tête de l’Archevêché des paroisses russes en Europe occidentale sous l’obédiance du Patriarcat œcuménique. Il était également membre de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ; il siégeait au Conseil des Eglises chrétiennes en France. De plus, il était recteur de l’Institut de théologie Saint-Serge à Paris.

Aîné de trois enfants, Vladyka Serge est né à Louvain (Belgique) le 8 juillet 1941 ; sa mère était hollandaise, son père russe. Il aura un frère Alexandre, qui sera diplomate, et une sœur Nadia, qui durant de nombreuses années travaillera pour les aveugles. La famille était bilingue : de leur père et d’un oncle, les enfants apprirent le russe, ils parlaient le français avec leur mère. La famille entière était orthodoxe. Vladyka en dira plus tard : « Nous avons été élevés orthodoxes, mais sans piété particulière. Mais l’aspect ecclésiastique m’a toujours attiré, j’ai été enfant de chœur ; plus tard à Louvain j’ai chanté et lu dans la paroisse ».

Depuis les années 20, il existait à Louvain (Belgique) une paroisse dédiée aux Saints-Georges-et-Tatiana, fondée par le prêtre Georges Tarassov, le futur Archevêque Georges de Syracuse (†1981). Ce pieux serviteur de Dieu a eu une très grande influence sur la vie spirituelle du jeune Serge, et même plus tard, dans sa marche vers l’autel, il y eut toujours un grand lien entre le vieil archevêque et son enfant spirituel. Les plus anciens paroissiens se souviennent de ce temps, et avec quelle attention Vladyka, enfant, suivait les saints offices. A l’université de Louvain, il étudia les langues germaniques et il devint enseignant au collège Saint-Joseph de Woluwé-Saint-Pierre (Bruxelles). Pour ses élèves, il fut plus qu’un simple enseignant. Chaque année, il organisait des journées de retraite où il donnait lui-même des conférences. Dès que les changements en Russie les rendirent possibles, il organisa des voyages scolaires en Russie. Pour de nombreux anciens élèves, il restera un conseiller.

Après son mariage avec Lydia Pétrovna Tchernenko, il fut ordonné diacre en 1968 pour la paroisse de Louvain. Mais la diminution du nombre des élèves russes à l’université et le fait qu’il n’y ait plus de prêtre à Louvain menèrent à la fermeture de l’église en 1975. Divers objets liturgiques furent transférés à la paroisse de Maastricht de notre Archevêché ; le calice et la patène sont toujours employés dans notre paroisse de Deventer (Pays-Bas)

C’est vers cette époque que j’ai fait la connaissance du protodiacre Serge. Cette rencontre fut le début d’une amitié durable. Après la fermeture de l’église de Louvain, il fut nommé à la paroisse Saints-Pantéléïmon-et-Nicolas, à Bruxelles (rue Demot). Pour moi, et pas seulement pour moi, il était une intérissable source de connaissances. C’est avec plaisir qu’il traduisait des chapitres entiers du Typikon en néerlandais, et il répondait soigneusement et longuement aux questions pratiques.

Après le décès en 1979 de l’Archevêque Paul de Novossibirsk, qui vivait à Bruxelles, la paroisse fut brièvement desservie par le prêtre Nicolas Soldatenkoff, mais quand celui-ci rentra en France, il était indispensable que cette paroisse importante de la rue Demot ait son propre prêtre. C’est ainsi qu’en 1980, le protodiacre Serge fut ordonné prêtre. À partir de ce moment, il y eut de nouveau une vie liturgique régulière. Le Père Serge aimait les services et il les célébrait entièrement : chaque samedi soir, chaque dimanche, la veille des grandes fêtes et pendant le Grand Carême, deux fois pas semaine, la liturgie des Dons Présanctifiés. Pendant la Semaine Sainte, le père Serge célébrait matin et soir les services prescrits ; de plus, il célébrait aussi dans la paroisse de Charleroi et pendant les vacances, au camp d’été des Vitiaz, un mouvement de jeunesse russe, dont il avait été membre dans son enfance.

Après la mort de sa femme Lydia, décédée en 1984 à l’âge de 48 ans, le père Serge dut veiller seul à l’éducation de ses trois enfants. En 1990, il fut tonsuré moine par Mgr Georges (Wagner) ; peu après, il fut nommé archimandrite. De ce pas, il dit lui-même dans une interview : « Je suis donc devenu moine. Cela veut dire que je voulais me consacrer à une plus grande vie spirituelle ». Il devint un père confesseur fort sollicité et apprécié. Feu l’Archevêque Basile (Krivochéine), lui-même homme d’une grande spiritualité, a souvent donné le conseil de se tourner vers le père Serge pour la vie spirituelle.

Après le décès de l’Archevêque Georges (Wagner), le Conseil de l’Archevêché le désigna parmi les candidats à la succession. Sa réponse à la demande s’il acceptait cette candidature fut typique : « S’il le faut ».

Après son élection à la tête de l’Archevêché, en mai 1993, il partit pour Paris. Ce ne fut que beaucoup plus tard que de nombreuses personnes se rendirent compte des conséquences énormes que cela eut : il fut obligé de laisser ses enfants seuls. Bien sûr, entre-temps, ils étaient devenus de jeunes adultes, mais ils furent soudain obligés de trouver leur propre chemin et d’habiter seuls. Quant à Vladyka, il s’installa à Paris, à côté de la cathédrale de la rue Daru.

Il ne serait pas exagéré de dire qu’il fut un archevêque ambulant. Il commença par visiter les paroisses : une des premières fut Anvers, mais aussi Deventer, Kollumerpomp, Maastricht et Düsseldorf ont pu se réjouir de sa visite. Il alla aussi en Italie, en Scandinavie et en Espagne où quatre nouvelles paroisses furent fondées.

Au sein de l’Archevêché, il y avait un souhait de plus grande autonomie (ecclésiastique). Avant 1966, l’Archevêché avait eu le statut d’Exarchat du Trône œcuménique, statut qui, pour diverses raisons, avait été perdu en décembre 1965. Sous la direction énergique de Vladyka et avec une ouverture sans précédent envers les paroisses qui eurent voix dans l’élaboration de nouveaux statuts, le Conseil diocésain se réunit chaque mois et mit au point le projet de ces nouveaux statuts. Ensuite, ils furent présentés au saint-synode du Patriarcat œcuménique et, après quelques modifications, ils furent approuvés par lui. Une Assemblée générale de l’Archevêché fut convoquée pour les entériner. L’adoption de ces nouveaux statuts a permis, après un fructueux travail conjoint avec les membres de la commission synodale pour les éparchies, de déterminer ce qu’était notre autonomie par la promulgation du Tomos patriarcal le 20 juin 1999 rétablissant notre Exarchat.

Vladyka était entièrement russe, mais cela ne le rendait pas aveugle aux paroisses « occidentales », au contraire.

Naturellement, les développements en Russie pendant son épiscopat ne sont pas passés inaperçues. En 1995, peu de temps après son sacre épiscopal et son intronisation, Vladyka, avec la bénédiction du Patriarche Bartholomée, s’est rendu à Moscou où il a été reçu par le Patriarche Alexis ; la concélébration avec le Patriarche était le signe du rétablissement de l’entière communion avec l’Eglise de Moscou. Vladyka a encore fait quelques pèlerinages en Russie et, en août 2000, il a assisté à la canonisation des Nouveaux martyrs et Confesseurs du XXe siècle. C’est à juste titre que, dans ses condoléances, le Patriarche de Moscou a témoigné de la part qu’avait eu Vladyka Serge dans le rétablissement de l’unité spirituelle du peuple russe. En ce qui concerne la question difficile des juridictions, il a choisi le chamin du juste milieu, car conserver et renforcer l’unité dans le diocèse était son premier et plus grand souci. Ce n’est pas étonnant qu’après presque dix ans d’épiscopat il soit épuisé. Il eut le temps de faire ses adieux à plusieurs personnes, mais personne ne se doutait que la fin viendrait si vite.

Le 25 janvier 2003, après la liturgie et le service des funérailles, le corps de l’Archevêque Serge a été transféré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, où il repose dans la crypte, à côté de ses prédécesseurs.

Il nous est indiciblement difficile d’accepter que nous ne revoyions plus ou ne parlerons plus à Vladyka en ce monde. Mais nous pouvons, le mieux possible honorer sa mémoire en travaillant à l’unité de tous les orthodoxes en Eruope occidentale. Pendant toute sa vie, ce manque d’unité pour lui fut comme une source de douleur, comme il l’avait dit dans l’allocution à sa nomination épiscopale en 1993.

Mémoire éternelle !

† Evêque Gabriel de Comane

(tiré du Messager Diocésain, n° 16, juin 2003, pp. 11-13)

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