Discours de l’Archevêque Job de Telmessos le jour de son intronisation

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir (1 Pierre 1, 3-4).

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En ce moment sacré, j’exprime de tout mon cœur ma chaleureuse action de grâce au Dieu trinitaire miséricordieux, car suivant sa volonté insondable, il a offert à mon humble personne son infinie miséricorde, et de cette façon, m’a procuré ma diaconie ecclésiale à travers le don généreux de Sa charité.

Je dois également exprimer ma reconnaissance à Sa Sainteté, le patriarche œcuménique Bartholomée, la sommité vénérable de l’Église orthodoxe, pour son amour inconditionnel et paternel ainsi que pour sa bienfaisance toujours multiple à l’égard de mon humble personne, de même qu’au Saint Synode de l’Église Mère qui a accepté volontiers et à l’unanimité la proposition de l’Assemblée Générale clérico-laïque de mon élection à la tête de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale constituant un Exarchat du Patriarcat œcuménique.

J’exprime également mes chaleureux remerciements à Son Éminence le Métropolite Emmanuel de France, qui a présidé l’Assemblée Générale de l’Archevêché en sa qualité d’exarque patriarcal, pour son importante contribution ayant permis d’assurer le respect de l’ordre canonique et des statuts pour le bon déroulement de la dite Assemblé clérico-laïque et une procédure impartiale du vote qui a abouti à mon élection à cette position d’archevêque s’inscrivant dans la continuité de ma longue diaconie au sein de notre Archevêché.

Je dois exprimer aussi tous mes remerciements au métropolite Nectaire de Petra et Cherronyssos, ainsi qu’au Saint Synode de l’Église de Crète pour son soutien varié et multiple dans mon ministère ecclésial ; au métropolite Jérémie de Suisse, directeur du Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy/Genève et à l’évêque Makarios de Lampsaque pour leur collaboration harmonieuse et leur soutien fervent dans le cadre de mon activité d’enseignement à l’Institut d’études supérieures en théologie orthodoxe.

Mes chaleureux remerciements vont aussi à tous mes frères en Christ, les évêques qui n’ont compté ni leur peine ni leur temps pour m’honorer de leur présence lors de cet événement important pour l’Archevêché, et à tous les prêtres, les moines et les laïcs qui participent à cette mystagogie sacrée, dans laquelle « les choses parfaites sont célébrées ».

Ainsi, par nos prières, nous sommes tous témoins d’un maillon de la chaine de la succession apostolique des évêques qui ont servi l’Archevêché : les regrettés métropolites Euloge et Vladimir, les archevêques Georges, Georges, Serge et Gabriel, qui ont incarné non seulement la raison d’être de l’Archevêché, mais aussi son mode de fonctionnement selon l’adage patristique : « Moi, je suis parmi vous, ou plutôt le Christ se trouve au milieu de nous, Lui qui était, qui est et qui le sera toujours ».

Pour cette raison, je ressens frayeur et peur, car le ministère de l’épiscopat est vraiment très important et très difficile, et j’avoue me sentir empli de crainte devant l’ampleur de la responsabilité dont je suis chargé. Mon humble personne « qui subit les peines de la chair » et qui est limitée par cette dernière et par le sang - car « l’homme, né de la femme, vit peu » (Jb 14, 1) - est appelée avec la grâce du Saint Esprit sanctifiant, à guider le troupeau fidèle de ce vénérable Archevêché dans l’amour du Seigneur.

Ainsi, devant cet appel et cette énorme responsabilité, j’espère sûrement que le Saint Esprit qui nous « garde tous dans l’institution de l’Église », guérira mes faiblesses et comblera mes lacunes pour que je m’avère capable de cette diaconie liée au « fonctionnement apostolique de l’épiscopè » pour la gloire du Dieu trinitaire et l’édification du corps ecclésial.

Je dois avouer que je suis pleinement conscient tant de l’ampleur de ma mission que de la grandeur de l’honneur qui m’est fait, raison pour laquelle je souscris pleinement à la déclaration de Paul, l’apôtre des nations, qui a parfaitement mis en évidence l’ultime devoir de tous ceux qui reçoivent cet appel divin. Ainsi, s’adressant au troupeau certes fidèle mais néanmoins troublé de l’Église de Corinthe, il met en évidence la vraie signification de ceux qui reçoivent le don divin de l’épiscopè : « Qu’on nous considère donc comme des serviteurs du Christ, et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu’on demande en fin de compte à des intendants, c’est de se montrer fidèles » (I Co 4, 1-2).

Cette affirmation apostolique constitue la plus authentique exhortation à nous tous pour que notre contribution s’avère crédible « pour le service du Christ » et à « l’économie des mystères de Dieu » grâce auxquels « le corps du Christ... qui est l’Église » se nourrit et se développe. Je dois déclarer dans cet esprit que, si Dieu le veut, je consacrerai tous mes efforts au service du Christ et j’espère que grâce à l’illumination du saint et vivifiant Esprit, je pourrai dire à la suite de l’Apôtre des nations : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20).

Je vous invite donc tous, et chacun personnellement, à tous nous rassembler dans l’esprit de l’unité et de la pleine fidélité au service du Christ pour que les fruits spirituels des mystères de Dieu soient encore plus féconds pour l’ensemble des fidèles, et que le rayonnement spirituel de l’important héritage de l’Archevêché soit encore plus grand pour tous, qu’ils en soient proches ou non. L’archevêque en tant que premier entre les égaux doit être le garant du fonctionnement impeccable de toutes les institutions de l’Archevêché et se montrer toujours pleinement disposé à une collaboration harmonieuse et constructive avec tous ceux qui ont des soucis, ceux qui acceptent et voudraient participer à cette mise en valeur de nouvelles perspectives dans cette nouvelle réalité tant pour l’Église orthodoxe que pour les peuples de l’Union Européenne.

La mission de l’Archevêché, en tant qu’Exarchat du Patriarcat œcuménique, est déjà définie non seulement par la tradition canonique de l’Église orthodoxe, mais également par les statuts de l’Archevêché, dans les chapitres concernant tant sa structure organisationnelle que ses institutions administratives officielles qui concernent tout le corps ecclésial. De ce point de vue, les statuts de l’Archevêché doivent être interprétés à la lumière de la tradition canonique de l’Église orthodoxe, laquelle constitue une garantie sûre de leur application correcte et adaptée aux besoins ecclésiaux, spirituels et canoniques, multiples et évoluant sans cesse, du troupeau fidèle.

Il va de soi qu’il est de la responsabilité personnelle et commune de tous les membres du corps ecclésial de l’Archevêché, du clergé, des moines et des laïcs, d’être continuellement attentifs au renforcement de cette unité ininterrompue à la tradition de la foi orthodoxe et au « lien d’amour ». Le commandement de cette unité ininterrompue a été donné par le divin fondateur de l’Église, notre Seigneur Jésus Christ, dans sa prière sacerdotale adressée à son Père au jardin de Gethsémani, et c’est de cette manière que le témoignage des évêques par rapport à la mission sotériologique du Christ se vérifie parmi les croyants et c’est seulement de cette façon qu’est assuré le bon fonctionnement du corps ecclésial pour le salut de tous.

Bien sûr, ce commandement a été accompagné de la promesse que le Fils et Verbe de Dieu enverrait le Paraclet, l’Esprit de vérité, pour qu’il ne soit pas seulement le témoin véridique du message du salut de l’évangile de la providence divine, en tant qu’adjoint au Fils dans toutes ses étapes, mais aussi le garant du témoignage crédible des apôtres en tant que celui qui mène « à toute la vérité ». Pourtant, la vérité de ce témoignage apostolique est Jésus Christ lui-même, lui qui est «  la voie, la vérité et la vie », pour que le monde vive dans la nouvelle vie en Christ par sa participation à la vie sacramentelle de l’Église.

De cette façon se récapitule pour chacun des fidèles, ainsi que pour l’ensemble du corps ecclésial, le mystère de la providence en Christ qui se réalise grâce à l’énergie mystique et sanctifiante du Saint Esprit pendant le sacrement de l’Eucharistie, par le rassemblement du corps ecclésial en tant que « corps du Christ ». Cette expérience mystagogique révèle le rôle important non seulement de l’évêque en tant que garant « de la vraie Eucharistie », d’après Saint Ignace le Théophore, mais aussi celui de la paroisse en tant qu’espace sacré du rassemblement eucharistique autour de la Sainte Table du Seigneur.

Dans cette perspective, l’ultime devoir de chaque évêque est le soutien de la vie spirituelle de chacune des paroisses, ce qui présuppose une préparation adéquate et une formation continuelle du clergé pour faire face aux multiples et complexes confusions de notre époque. A cet égard, l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge continue d’offrir de précieux services pour la formation du clergé et des enseignants et met en évidence le rayonnement spirituel de l’Archevêché non seulement au sein de l’Église orthodoxe, mais aussi dans ses relations avec les autres Églises et confessions chrétiennes.

Ces propositions, formulées d’ailleurs brièvement dans ma première lettre pastorale diffusée le jour de mon ordination, ne sauraient aucunement être simplement considérées comme une marque d’enthousiasme ni comme une déclaration de circonstances à l’occasion de la prise en charge de ma responsabilité pastorale à la tête de l’Archevêché, mais constituent en premier lieu un devoir évident de tous les membres du corps ecclésial, tant du clergé et des moines que des laïcs, et particulièrement de ceux qui s’engagent dans l’enseignement. Par ailleurs, elles confirment mon engagement dans la diaconie dont je suis maintenant chargé devant mes frères en Christ, les évêques qui participent à cette prière, les représentants du vénérable clergé, ainsi qu’au troupeau des fidèles rassemblés ici. Par conséquent, l’ultime devoir, aussi bien de l’archevêque que des institutions de l’Archevêché, doit être de faire face le plus rapidement possible à tous les problèmes qui nous sont bien connus.

Je vous invite donc tous à nous rencontrer autour de la Sainte Table où est célébré le plus important des sacrements pour faire de l’amour et de l’unité une manière de vivre et de traiter toutes sortes d’amertumes ou d’oppositions du passé qui blessent le corps de l’Église et appauvrissent l’unité ininterrompue de la parole théologique et de l’expression de la vie sacramentaire de l’Église.

Chers frères en Christ,

Révérends prêtres et chers fidèles bien aimés,

Au moment sacré, lorsque notre Seigneur Jésus Christ est immolé mais non divisé, notre Seigneur, la tête unique de notre Église nous donne à tous la possibilité de communier au Calice et de demeurer membres actifs de son corps ressuscité. C’est pour cette raison que vient vivement à ma pensée l’image du Christ crucifié qui « a étendu ses mains » sur la sainte Croix et avec lesquelles Il « a uni ce qui auparavant était séparé » afin de rendre possible notre unité en tant que membres de Son Corps qui est l’Église. C’est cette unité qu’exige par dessus tout l’Apôtre des nations dans sa première épître aux Corinthiens en la reliant exclusivement à l’amour en Christ de tous les membres : « Et je vais vous montrer une voie qui dépasse toutes les voies », en soulignant :

« En effet, le corps est un, et pourtant il a plusieurs membres, mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est de même du Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour être un seul corps. Mais Dieu a disposé dans le corps chaque membre, selon sa volonté... L’œil ne peut pas dire à la main : ‘Je n’ai pas besoin de toi’, ni la tête dire aux pieds : ‘Je n’ai pas besoin de vous’... Mais Dieu a composé le corps en donnant plus d’honneur à ce qui en manque, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient un commun souci les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance. Si un membre est à l’honneur, tous les membres partagent sa joie... Et ceux que Dieu a établis dans l’Église sont, premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des hommes chargés de l’enseignement, viennent ensuite le don des miracles, puis de guérison, d’assistance, de direction, et le don de parler en langues... » (I Co 12, 11-28).

C’est pourquoi, je réitère mon invitation à maintenir l’unité dans l’amour, comme je l’ai formulé dans ma première lettre pastorale que je me permets de citer ici : « Par le passé, notre exarchat a joué un rôle important parmi les orthodoxes dispersés en Europe occidentale. D’abord créé pour la pastorale de l’émigration russe, il a dès le commencement, sous l’inspiration du métropolite Euloge de bienheureuse mémoire, su témoigner de l’Orthodoxie en Europe occidentale et être ouvert aux autres Églises chrétiennes dans un dialogue de vérité. Notre devoir aujourd’hui est de rester fidèles à cet héritage et de continuer de servir l’unité de la diaspora orthodoxe. Nous trouvant dans la juridiction du Patriarcat œcuménique, nous devons collaborer étroitement dans cette pastorale avec les autres diocèses orthodoxes présents en Europe occidentale dans le cadre des assemblées épiscopales, dans l’esprit des décisions de la IVe Conférence Panorthodoxe Préconciliaire. Mais afin de servir l’unité de l’Église orthodoxe, nous devons nous-mêmes demeurer unis entre nous, en accomplissant la volonté du Seigneur exprimée dans Sa prière : « que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21) ».

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