Humilité

Nous voici arrivés à la quatrième semaine du Grand Carême, semaine marquée cette année par la fête de l’Annonciation, et ce dimanche par l’évocation de la mémoire de Saint Jean Climaque avec l’Evangile des Béatitudes ainsi que de l’enfant possédé d’un esprit muet. S’il existe un lien entre ces trois évènements, c’est l’humilité.

Humilité de Marie Comment une enfant, puis une frêle jeune fille et enfin une femme fragile, ne souhaitant qu’une chose, rester prêt de la présence Divine au Temple, comment donc pouvons-nous nous adresser à elle avec cette prière : sauve nous ! Cette vertu est l’humilité. L’orgueil d’Eve tendant l’oreille à de malignes paroles a été détruit par l’humilité de Marie, écoutant l’Archange Gabriel lui annonçant la « Bonne Nouvelle ». Marie s’est alors considérée comme l’humble servante du Seigneur, s’ouvrant totalement au regard du Très Haut qui l’a alors remplit du Saint Esprit. Donc Marie est bien « l’avocate intrépide des chrétiens » et son intercession, sa prière en faveur de ceux qui l’invoquent est toute puissante, car elle pourra dire lors du redoutable jugement à chacun de ceux qui l’ont imploré : vous êtes sauvés. Alors prions encore et encore la Mère de Notre Seigneur de nous amener à cette humilité du serviteur priant.

Humilité de Saint Jean Climaque Nous savons peu de choses de Jean, si ce n’est par les écrits d’un certain Daniel, moine de Raïthou et d’Anastase le Sinaïte qui fut moine à l’époque ou Jean était l’abbé du monastère Sainte Catherine. Jean dévoile un zèle ardent pour la vie spirituelle allié à un don exceptionnel de discernement, doublé d’un humour discret et savoureux. L’Echelle Sainte, rédigée à la fin de sa vie, retrace toute son expérience de la lutte spirituelle du moine hésycaste pour atteindre les saintes vertus célestes. Lui-même a donc vécu cette sainte vertu de l’humilité, et il dira : « Le dernier de tous, ayant recueilli ce qui tombait des lèvres de ses pères bienheureux et doués de connaissance comme un chien des miettes qui tombent de la table, j’en donnerai cette définition : l’humilité est une grâce ineffable dans l’âme dont le nom n’est connu que de ceux qui l’ont appris par l’expérience. » Il donnera de la sainte humilité un enseignement particulier au 25ième degré de l’Echelle. Jean comparera l’âme broyée par le repentir à la farine broyée pour le pain, l’affliction sincère à l’eau qui, mélangée à la farine amènera comme à une certaine union avec Dieu, mais il y faudra le feu du Seigneur pour devenir pain, et alors comme pour le pain, la sainte humilité prend consistance.

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Humilité du Christ « Je suis doux et humble de cœur ». Il n’est certes pas nécessaire de parler de l’humilité du Christ tellement cela paraît évident. Et si l’échec des disciples à chasser ce démon révèle chez eux la fragilité de leur foi à cette instant, c’est peut-être aussi que la force que le Seigneur leur avait transmise avec l’ordre de chasser les démons et guérir les malades était entachée d’un manque d’humilité probable. N’avaient-ils pas la sensation d’une puissance ? Ainsi, dans son discours sur la montagne, Jésus ne donne pas de consignes, d’ordres, d’obligations, mais l’espoir.
  « Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des Cieux est à eux » sont des paroles d’une grande douceur vis-à-vis d’un peuple plus habitué à entendre imprécations et menaces. Ici, on peut citer Isaïe « Sur qui porterais-je un regard favorable si ce n’est sur l’homme doux et paisible qui reçoit mes paroles avec tremblement ». (Isaïe 66,2)
  « Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés » Il s’agit là d’une tristesse selon Dieu, comme le dit Saint Paul : « pleurez sur vos péchés et ceux des autres (2Co7)
  « Heureux les doux car ils posséderont la terre » ; le psaume 37 nous dit : le bonheur est pour les justes et la ruine pour les impies. En opposant à la violence et la haine l’humilité et la douceur, alors « toutes choses travaillent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom 8,28)
  « Heureux les affamés et assoiffés de justice car ils seront rassasiés » et nous pourrions poursuivre ainsi avec ceux qui sont miséricordieux, ceux qui ont le cœur pur, les artisans de paix et enfin les persécutés pour la justice. Le nouveau commandement que donne le Seigneur dans ce discours, et d’autres, revient toujours a « aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé, à cela on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». En ce temps où nous sommes tenus « en cellule » comme nos moines et moniales, profitons en pour nous exercer davantage à la prière personnelle, et d’exercer ainsi la vertu des vertus : l’humilité.

Archiprêtre Philippe Maillard, Doyen Val de Loire Poitou

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