Message de Sa Sainteté le patriarche Cyrille pour le 3e dimanche de Pâques, dimanche des femmes myrophores

Chers frères et sœurs, le Christ est ressuscité !

Par la grâce de Dieu nous sommes arrivés au 3e Dimanche de la solennité de Pâques que l’Église, dans sa sagesse, a consacré à la mémoire des femmes myrophores.

Les femmes myrophores et les apôtres, ce sont, d’une certaine façon, deux façons de vivre sa foi. Pierre, résolu et ardent, prêt à suivre le Sauveur jusque dans la mort, se révéla cependant moins courageux et moins ferme dans la foi au moment où il fut confronté à un réel danger pour sa vie, jusqu’à l’illumination du Saint Esprit. Les autres disciples aussi, d’ailleurs, saisi par la crainte de leurs compatriotes, abandonnèrent le Seigneur au moment critique.

Les femmes, silencieuses et humbles, qui avaient accompagné le Christ dans ses pérégrinations terrestres, se tinrent, elles, sans un mot, au pied de la croix, se crucifiant dans leur cœur avec le Seigneur Jésus. Elles ne cherchaient pas à prouver quoi que ce soit, elles ne demandaient pas l’honneur de se tenir à la droite ou à la gauche du Sauveur dans Son Royaume. Elles se contentaient de servir le Christ, avec douceur, patience et une humilité profonde. C’est pourquoi, peut-être, ce sont elles qui ont reçu l’honneur insigne d’être les apôtres des apôtres, d’annoncer la bonne nouvelle aux disciples les plus proches du Sauveur.

Aujourd’hui, leur exemple est particulièrement édifiant. Nous sommes particulièrement éprouvés ces dernières semaines. Une maladie dangereuse a frappé notre peuple. Elle a déjà emporté bien des vies, des clercs de notre Église sont parmi les victimes. Des dizaines de milliers de personnes souffrent aujourd’hui sur un lit d’hôpital, les médecins et les infirmières luttent avec abnégation pour les sauver. Un nombre plus grand encore de gens sont forcés de rester confinés chez eux, empêchés de voir leurs parents et leurs proches, ce qu’ils doivent supporter comme une restriction s’ajoutant, bien souvent, à un manque grave de moyens matériels.

Mes bien-aimés, je comprends très bien comme c’est dur pour vous. Je compatis profondément. Croyez-moi, vous n’êtres pas seuls, le patriarche est avec vous. Toutes mes pensées et mes prières vous accompagnent. Chaque jour, je prie Dieu de nous faire miséricorde, pour que cette terrible épreuve prenne fin au plus tôt, pour que nous soyons de nouveau réunis dans le Sacrement de la Sainte Eucharistie, glorifiant le Seigneur d’une seule bouche et d’un seul cœur.

Depuis le début, j’ai su que nous avions affaire à un ennemi dangereux et fourbe. Le clergé et les paroissiens âgés devaient faire partie des personnes vulnérables. Ces derniers jours, nous avons perdu plusieurs clercs respectés et de nombreux fidèles de notre Église. En tant que primat, j’ai toujours eu conscience de ma responsabilité pour le clergé et pour le peuple.

La décision de vous demander de vous abstenir temporairement de venir à l’église m’a beaucoup coûté. Sans exagérer, ce sont les paroles les plus difficiles de ma vie. Je n’ai jamais rien eu à dire de semblable. Mais tel est le fardeau de responsabilité que porte le primat de l’Église, prenant sur lui non seulement les honneurs de la dignité patriarcale, mais toute la douleur de l’épiscopat, du clergé et des laïcs. Je ressens cette douleur chaque fois que je pense aux millions d’orthodoxes qui attendent de pouvoir communier aux Saints Dons du Christ et ne peuvent franchir le seuil de leur chère église ; chaque fois que je pense aux prêtres qui célèbrent à huis clos, privés aujourd’hui de soutien matériel.

Mais de même que la foi sans les œuvres ne porte aucun fruit, la compassion chrétienne doit porter des fruits visibles. C’est pourquoi je me suis adressé à des personnes aisées, bienveillantes envers l’Église, leur demandant humblement de soutenir matériellement le clergé. J’en remercie Dieu, mes supplications ont été entendues. Certes, cela ne changera peut-être pas radicalement la situation, mais chacun de nous peut faire aujourd’hui ce qui est en son pouvoir pour aider son prochain. Je remercie sincèrement les personnes qui, malgré les difficultés économiques que traverse le pays et le monde entier, ont manifesté leur volonté authentiquement chrétienne de partager leurs biens avec leur prochain. Que le Seigneur très-clément vous rende pour vos bonnes œuvres.

Bien que, comme beaucoup d’entre vous, je sois forcé de demeurer dans un espace clos, je ne cesse de recevoir des témoignages de cas dramatiques dans différentes villes et villages touchés par l’épidémie. Je m’efforce, autant que possible, de diriger les efforts de nos volontaires dans leur ministère, qui est véritablement une prouesse. J’exprime ma reconnaissance toute spéciale à tous les volontaires, l’évêque Pantéléimon à leur tête ; j’échange quotidiennementavec eux et ils me communiquent les informations nécessaires. Ces paroles du Christ Sauveur se rapportent pleinement à eux : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison et vous êtes venus vers moi » (Mt 25,35-36).

Je tiens aussi à exprimer une reconnaissance particulière aux médecins. Le personnel médical est à l’avant-poste de la lutte contre la maladie ; il fait montre d’un véritable héroïsme et de fidélité à sa vocation, suscitant l’admiration la plus sincère.

Malgré les difficultés de la situation, nous sommes appelés à garder la paix intérieure, la tranquilité et le jugement en toute circonstance. Ne pas s’indigner, ni se laisser enflammer par la haine, ne pas rechercher partout des ennemis, ni, à Dieu ne plaise, ne pas maudire quiconque, ce qui est impensable pour un chrétien. Nous nous souvenons de ce que nous a dit le Sauveur : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

Dieu n’abandonnera pas Son Église et Ses fidèles enfants. Je vous prie seulement : ne vous découragez pas, ne déprimez pas, je prie pour vous tous et j’attends à mon tour que vous priiez pour moi comme pour votre patriarche.

Par la miséricorde du Christ ressuscité et par Sa toute-puissance, nous vaincrons cette aggression car il n’est rien d’impossible à Dieu (Mt 19,26). Restons seulement fermes dans les épreuves actuelles, fidèles à notre espérance dans le Seigneur, de même que les femmes myrophores crurent en Lui avec patience et douceur, de même que restèrent avec lui les disciples Joseph et Nicodème. Je vous adresse ces mots de l’Écriture Sainte : « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, fortifiez-vous » (I Co 16,13), et que le Seigneur nous garde par Sa grâce. Amen.

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