Patriarche Cyrille : « Chasser le découragement est un pas décisif sur le chemin du salut »

« Dans la prière de S. Éphrem le Syrien, nous prions le Seigneur afin qu’Il nous délivre de l’abattement, du découragement. Cet état de l’âme constitue un grand danger pour l’homme.

Le découragement est une sorte d’affliction continuelle. Chacun passe dans sa vie par des circonstances complexes qui provoquent un sentiment pénible dans l’âme. Si les complications passent et que l’état de l’âme change en mieux, cela signifie que les circonstances n’ont pas nui à l’âme. Mais il se produit aussi que l’affliction ne passe pas, qu’elle empoisonne la vie, moyennant quoi les gens, fréquemment, ne sont pas en mesure de formuler ce qui, à proprement parler, provoque en eux un état spirituel si lourd.

Les saints Pères appellent cet état spirituel « acédie ». Alors que l’on n’a de conflits ouverts avec personne, que l’on ne fait face à aucune chose désagréable importante, l’âme est lourde, et cette lourdeur n’est pas ôtée par quoi que ce soit.

Et si l’homme subit un tel état pendant une longue période, cela peut être une nuisance réelle tant pour sa vie spirituelle que son état psychique. Aussi, il faut avoir une attitude particulièrement circonspecte et vigilante envers le découragement. Si celui-ci survient sans cause visible, il faut répondre à la question principale : est-ce lié à la condition physique ou à la fatigue ou encore des conditions de vie oppressantes ? Ou cela ne dépend pas de la condition physique, mais est présent comme un fond négatif de toute la vie ?

Dans le dernier cas, il faut considérer le découragement comme un péché. « Seigneur et Maître de ma vie, Ne me donne pas un esprit d’oisiveté, d’abattement ! » Que demandons-nous dans cette prière ? - D’être libérés des péchés qui pèsent sur nous, qui nous asservissent. Par conséquent, le découragement, si l’on regarde plus attentivement, n’est pas seulement un état du système nerveux, mais un facteur spirituellement négatif, qui influe sur la vie de l’homme, et à plus long terme sur son salut. Car si l’on regarde le découragement sur un plan purement religieux, il est lié à la perte de l’espoir. Or l’espoir, à l’égal de la foi, est une vertu.

La foi, l’espérance, la charité - sans espoir il est impossible de se sauver. Où est l’espoir si l’homme demeure sans cesse dans le désespoir ? En d’autres termes, le fait même de l’existence de cette émotion au cours d’une période prolongée, d’autant plus si ce sentiment n’est conditionné par rien de concret, témoigne d’une maladie spirituelle.

Or, là où il y a la maladie de l’esprit, les médicaments sont impuissants. Il est impossible de soigner une maladie spirituelle par les moyens que propose la médecine, et pour cette raison ne restent que les moyens que nous propose la sagesse de l’Église sous la forme des sentences patristiques, des textes fondés en premier lieu sur la Parole de Dieu. Car l’homme qui vit par la foi ne peut souffrir de découragement, parce que la foi forme d’elle-même l’optimisme vital. Pourquoi ? Parce que la foi parle de notre immortalité, la foi témoigne de la force immense de l’esprit humain - sur les exemples concrets des saints de Dieu, les martyrs, les confesseurs et tous ceux qui ont scellé leur fidélité au Seigneur. La foi, réellement, est apte à influer sur la vie humaine de telle façon qu’elle chasse de la vie tout ce qui n’est pas de Dieu, et le découragement est précisément ce qui ne vient pas de Dieu.

Si nous surmontons le découragement, nous libérons notre âme d’un grand poids, de l’affliction. L’affliction et le bonheur sont incompatibles, car le salut est le bonheur de l’âme humaine. Aussi, si nous chassons le découragement, nous faisons indubitablement un pas décisif sur le chemin du salut, sur l’acquisition de la plénitude de la vie.

Dans les différentes circonstances de la vie, le découragement peut amener l’homme à des agissement absolument erronés. Si on ne donne pas un coup d’arrêt au découragement, il peut se développer à ce point que l’homme se pose la question du sens de sa propre vie. Souvent, la cause du suicide est un profond désespoir, qui a asservi en totalité la conscience et la volonté de l’homme, de telle façon qu’il n’a pu trouver une sortie à cette situation ! Et là où est la mort, se trouve le diable.

Aussi, si le découragement nous visite, nous devons nous rappeler que ce sont là les tentacules diaboliques qui touchent notre âme. Il est indispensable de couper ces tentacules. Il est indispensable d’exiger de soi-même de surmonter cet état. Et si nos forces ne suffisent pas, il faut se tourner vers les écrits des saints Pères, y puiser de sages conseils. Quant à ceux qui ne sont pas habitués à lire ces œuvres, il leur faut, en allant à l’église, en parler au prêtre dans la confession. Il est clair que le clergé, en recevant les confessions d’une multitude de gens, est ainsi enrichi d’une expérience pastorale, il peut aider par un bon conseil. Mais si un prêtre n’a pas l’expérience suffisante, il ne faut le juger sévèrement. On peut s’adresser à de sages pères spirituels qui vivent dans les saints monastères, et dans notre ville, il y assez de prêtres expérimentés spirituellement, circonspects, capables d’aider un homme à surmonter cette grande affliction.

Si l’affliction n’est rien d’autre que l’influence d’une sombre force sur l’homme, il faut toujours prendre conscience qu’aucun entraînement, aucun effort physique ne peut surmonter cet état, des moyens spirituels sont nécessaires. C’est précisément la période du carême qui nous donne tous ces moyens, dont celui de fréquenter plus souvent l’église, participer aux remarquables offices. Même si la personne ne comprend pas tout de ce qui y est lu ou chanté, elle peut, dans les murs où agit la grâce de Dieu, recevoir indubitablement l’allègement des afflictions, dont le découragement qui, comme cela a déjà été dit, est plus que l’affliction, il est l’état le plus lourd, peccamineux de l’âme de l’homme.

Réellement, le Grand Carême nous donne beaucoup de possibilités pour devenir différents. On sait que le repentir signifie le changement. Ce n’est pas simplement la pénitence pour les péchés. Le véritable repentir est le changement des pensées, des sentiments, même du mode de vie. Ce changement est suivi d’une nouvelle réalité, et si l’homme se repent avec une foi profonde, sincèrement, il ressent alors indubitablement un allègement du poids qui est présent dans son âme. C’est précisément sur cette expérience positive de libération du poids des lourdeurs spirituelles qui gravitent au-dessus de nous qu’est fondée la confiance authentique de l’homme envers Dieu, la véritable foi et la véritable implication dans la vie spirituelle.

Au cours du Grand Carême, il nous est indispensable de réfléchir sur de nombreuses choses de notre vie. S’il y a des remords de conscience, s’il y a une insatisfaction intérieure, s’il l’on a de la rancune contre quelqu’un ou si nous savons que l’on a de la rancune à notre égard, il est très important de se libérer de toutes ces perturbations qui peuvent alourdir fortement notre vie. Le Grand Carême nous donne cette possibilité. Il nous donne la possibilité d’acquérir une expérience spirituelle plus profonde par la prière à l’église, par la communion aux saints Mystères du Christ. En d’autres termes, le Grand Carême nous donne la possibilité et les moyens pour nous améliorer. Et comme il est important de ne pas gaspiller ce temps, de ne pas le perdre, de ne pas le détruire par certaines choses qui ne sont peut-être pas si importantes, mais qui absorbent beaucoup de notre attention ! Comme il est important d’utiliser avec le maximum d’utilité tout ce que le Seigneur par les jours salvateurs de la sainte Quarantaine accorde à chaque fidèle ! Or il est peu exigé de nous - la disposition et le désir de nous améliorer et par ce changement, aller avec joie à la rencontre de la Lumineuse Résurrection du Christ.

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Que Dieu fasse que s’écoulent précisément ainsi les jours de la sainte Quarantaine. Je vous adresse à vous tous mes vœux à l’occasion du commencement de cette voie salvatrice et je vous souhaite l’aide Divine dans le redressement de votre vie, dans le renforcement dans la foi, la piété et la pureté. Que le Seigneur vous garde ! ».

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