Message de Carême de Monseigneur Gabriel

MESSAGE DE CARÊME DE SON ÉMINENCE L’ARCHEVÊQUE GABRIEL DE COMANE AU CLERGÉ ET AUX FIDÈLES DE L’ARCHEVÊCHÉ DES EGLISES ORTHODOXES RUSSES EN EUROPE OCCIDENTALE

Le Pharaon dit à Joseph : « Ton père et tes frères sont venus à toi ; installe-les dans le meilleur endroit ». (Gén. 47,5)

Mes pères, frères et soeurs en Christ,

L’hospitalité est une vertu que l’on retrouve expressément présente et vécue dans la destinée du peuple de Dieu et au travers de toute l’Écriture Sainte. Le plus grand, le plus bel exemple en est l’hospitalité d’Abraham. Près du chêne de Mambré, il reçoit trois étrangers dans lesquels la Tradition a reconnu la Sainte Trinité. L’icône de l’hospitalité orne toujours nos églises et nos maisons.

Maintenant que le grand et saint Carême a commencé, je voudrais vous demander, frères et sœurs, de penser à tous ceux qui actuellement, font appel à notre hospitalité. Nombreux sont les étrangers qui frappent à notre porte : la plupart d’entre eux ont été chassés de leur pays, où ils ont été persécutés, souvent torturés pour avoir eu le courage de défendre leurs idées. Il est difficile pour nous, d’imaginer que dans de nombreux pays, le simple fait d’agir en accord avec sa conscience, peut mettre la vie d’une personne en danger. Ce sont ceux là qui viennent en France, le plus souvent après de longs et périlleux voyages. Ils viennent de loin et en même temps de très près, car parmi eux, il y a bon nombre d’orthodoxes, qui ont quitté leur patrie à la recherche d’une vie sans danger, paisible, meilleure, et d’un avenir plus sûr pour leurs enfants.

Il est indéniable que dans tous les Etats d’Europe, la politique menée envers ces personnes se durcit. De nouvelles lois sont édictées qui ont des répercussions dramatiques sur la vie quotidienne des réfugiés et des demandeurs d’asile. Ils sont démunis devant ces règlements qui les excluent, les humilient et les plongent dans la “non-existence”. En tant que votre archevêque, je ne peux vous appeler à agir à l’encontre des autorités civiles, mais je dois affirmer très clairement que, comme chrétiens, nous devons nous laisser guider par le Christ Lui-même qui s’identifie à l’étranger et à l’indigent.

Nous avons le grand bonheur d’appartenir à une minorité qui peut jouir de la prospérité. Nous devons certes en être reconnaissants, mais c’est une grâce et non un droit. Nous, les êtres humains, ne sommes pas les propriétaires du monde et de toutes ses richesses, mais nous en sommes les gérants. « Au Seigneur appartiennent la terre et sa plénitude », et c’est Lui qui nous dit : « je suis un étranger, j’ai faim, j’ai soif, je suis malade. » Que signifient ces paroles sinon que le Christ, une fois pour toutes s’identifie à chacun de nous ? Et c’est justement pour cette raison que la charité chrétienne nous oblige à rencontrer le Christ en chaque personne.

Nous devons aller vers ceux qui souffrent ainsi avec un amour désintéressé, c’est-à-dire sans les juger et sans mettre de conditions à notre aide. Il ne nous est pas prescrit de chercher à savoir si un être humain a besoin de notre aide, s’il a mérité nos soins attentifs ; il ne nous est pas dit de demander ou d’analyser pourquoi il a quitté son pays, pourquoi il est affamé et sans logement.

Pendant le Carême, l’Église nous invite à reconsidérer notre vie, à faire un examen de conscience à la lumière de l’Évangile, elle nous invite à une nouvelle vie, à la vraie vie en Christ.

Un passage de notre hymnographie nous indique ce que cela veut dire concrètement :

« Le Royaume de Dieu n’est pas dans le boire ou le manger, mais il est justice et sainteté ; c’est pourquoi les riches ne pourront y entrer, à moins de remettre aux pauvres leurs trésors ; car le prophète David l’enseigne en disant : Le juste a pitié tout le jour et met son plaisir dans la loi du Seigneur, il marche dans la clarté, ses pas ne chancelleront pas. »

(Office des Laudes du 5e dimanche du carême)

Cet hymne fut écrit pour notre enseignement afin que nous joignions les bonnes actions au jeûne ; et le Seigneur en échange des biens terrestres nous donnera la richesse des cieux.

Je vous souhaite de tout mon cœur un carême béni !

Archevêque Gabriel [1]

Version Russe (JPEG)

[1] Pour mettre en application nos résolutions, je me permets de vous signaler particulièrement l’association Montgolfière, qui aide les demandeurs d’asile et les réfugiés en les accompagnant dans leurs démarches auprès des autorités. Cette aide consiste avant tout à reconnaître chaque demandeur d’asile comme « notre prochain ». Cette reconnaissance se traduit par différentes actions : les nacelles qui sont une forme de solidarité matérielle et morale en faveur d’une famille ou d’une personne qui demande l’asile politique. Chaque participant à une nacelle, s’engage au côté d’un réfugié en lui donnant 20 euros par mois, aussi longtemps que sa situation l’exige. Par ailleurs, les réfugiés ont souvent besoin d’une aide ponctuelle, d’un dépannage. Les autres actions de Montgolfière consistent à accompagner les demandeurs d’asile dans les préfectures, à les aider à constituer leurs dossiers, à trouver des avocats et à les payer. Certaines paroisses orthodoxes prennent déjà part à cette oeuvre, animée par Tatiana Morozov. Je vous invite à appeler à la participation la plus large possible de nos fidèles et de nos communautés à ce service de l’étranger, notre frère.

Montgolfière, association (loi 1901) d’aide aux demandeurs d’asile
5, rue de Charonne
75011 Paris,
Téléphone : 01 43 55 01 06.
Courriel : montgolfiere.refugie@free.fr

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